Current Issue Abstracts

Vol. 44.3 Winter 2019

ARTICLES

Épiphanies: explosions de clarté obscure dans Là-Bas de Huysmans
Jean-François Fournier

Les épiphanies littéraires sont des jalons qui marquent un basculement du texte au moyen d’une révélation, d’une prise de conscience ou encore d’une apparition soudaine. Cet article se penche sur les épiphanies du texte Là-Bas, premier roman du cycle de Durtal de J. K. Huysmans. Nous abordons celles-ci comme des instants décisifsdu tissu narratif inscrit dans la durée. Nous traitons ces moments-pivots du roman selon les thématiques liées de la clarté et de l’obscurité, en dégageant les occurrences de dévoilement dans lesquels le narrateur exprime un recadrage du protagoniste sur son désir. Il s’agit de montrer comment la voix narrative traite les épiphanies du texte comme des événements où une lumière se fait sur plusieurs lignes de fictions. Nous suivons les trois quêtes narratives que sont l’esthétique, l’amour et la transcendance. Nous montrons comment du fait de la présence de moments-pivots ces lignes se rencontrent pour constituer un réseau narratif d’expérimentation de Durtal dans une polarité tendue entre sacré et diabolisme. Nousnous attachons enfin à dégager comment les épiphanies articulent sur le mode du dévoilement la quête d’un sens eschatologique, esthétique et éthique faite à la fois d’avancées et de reculs.

Julien Green: L’écrivain double in Self-Translation
Genevieve Waite

As a translingual Franco-American author who was born in Paris in 1900, Julian Hartridge Green cultivated one of the longest literary careers of the twentieth century. Although French and American scholars have examined questions relating to Green’s bilingualism, his temporary sojourns in the United States, and the representations of America in his fiction, none have yet offered a detailed assessment of his self-translated texts. A comparative, critical analysis of two essays and one article from Green’s bilingual works, Le langage et son double and L’homme et son ombre, will, therefore, correct this dearth of scholarship. More specifically, an investigation of the linguistic and semantic discrepancies that occur in three self-translated texts, “On Keeping a Diary” / “Tenir un journal,” “An Experiment in English” / “Une expérience en anglais,” and “Paris” / “On Paris,” will reveal the extent to which Green cultivates two very different narrative personas in translation. In English, Green’s narrative voice is meek and unassuming, and he exhibits a unique American sense of identity while substantially revising his work to address his American readers. By comparison, in French, he forges a distinct French sense of identity while adopting a more assertive, confident, and speculative narrative tone. By frequently employing translative techniques of revision in his bilingual work, Green constructs an astonishing, double identity in self-translation.


Un grain de sable, deux grains de blé
Raphaël Sigal

Dans cet essai, j’explore la figure du grain dans des textes d’Edmond Jabès et Walter Benjamin. Je tented’y mettre à jour une économie d’écriture qui sous-tend leurs œuvres écrites en exil. Lorsque les cartes géographiques sont chamboulées par les déplacements forcés, le livre devient, pour eux, un espace de conservation de la mémoire et figure la possibilité d’un lieu qui tienne dans la poche, ou dans le creux de la main. À partir d’un grain de sable et de deux grains de blés, Jabès et Benjamin envisagent ainsi une métonymie aussi radicale qu’existentielle :concentrer le maximum de monde en un minimum d’espace.


Trauma, Language, and Literature: Psycholinguistic Dynamics in Georges-Arthur Goldschmidt’s Autobiographical Writing in Response to World War II
Heidi Brown

Born in Germany in 1929, Georges-Arthur Goldschmidt was classified as a Jew under the Nuremberg racial laws of 1935. During the Holocaust, he found refuge at a boarding school in France at the age of ten. Because he acquired German and French in distinct contexts, Goldschmidt is considered to be a coordinate bilingual who experiences “language independence.” This has significant psychological implications because different variations of object relations, ego boundaries, psychic structures, and attachment systems were encoded into his languages. Consequently, Goldschmidt was able to distance himself from trauma and modulate the intensity of his emotions through his useof language. At first, German held many positive connotations linked to his family and childhood; however, the rise of Nazism caused it to become inextricably tied to violence, trauma, and genocide. Goldschmidt came to view French as a language of protection, liberation, and healing. In French, Goldschmidt was able to become more aware of a wordless, unspeakable experience located at the center of his being. At first, he was not able to articulate trauma using his own words; however, he was able to recognize elements of it in literature. When reading, Goldschmidt projected himself into texts, and experienced himself as actually becoming the fictional characters. Inhabiting alternate literary personas allowed him to process trauma in an indirect way, break out of intense isolation, re-establish the legitimacy of his identity, and re-inscribe himself into the shared space of humanity.


How to Read Barthes: Autobiography’s Intimacy Effect
Youna Kwak

After Roland Barthes’s unexpected death in March 1980, the posthumous publication of two of his “diaries,” whose existence had only been known to a handful of people, sparked controversy among his literary executors, family, former students, and friends. Although various commentators took sides over which of the two texts was the most compromising, significantly, the consensus among readers seemed to be that some texts are too intimate to publish. The move by Barthes’s interlocutors to designate some texts as “intimate” above others, and to locate a prohibition against publishing in this essential quality of “intimacy,” reveals an unresolved tension between the postmodern distrust of autobiographical veracity on the one hand, and readerly desire and fantasy, on the other. Further, this ambiguous and often self-contradictory position is one that Barthes himself increasingly claimed and privileged in his own late works, including his seminars Le Neutre and La Préparation du roman.

Penser la différence anthropologique: une lecture croisée de Quignard et Bimbenet
Cristina Álvares

Dans un contexte épistémologique où, sous la pression de la crise écologique et des avancées des biotechnologies, se développe une reconceptualisation de la nature, de l’homme et de l’homme dans la nature, la question de la différence anthropologique est au cœur de grands débats scientifiques, philosophiques, éthiques et politiques, au sein desquels émergent, avec la critique de l’humanisme anthropocentrique, la délégitimation de la différence entre humains et animaux et le postulat de l’animalité humaine. Cet article propose une lecture croisée de deux auteurs, le philosophe Étienne Bimbenet et l’écrivain Pascal Quignard, qui pensent la différence anthropologique en référence à l’anthropogenèse conçue comme devenir-humain du vivant. Tout en partageant un naturalisme non métaphysique et non biologiste enrichi des contributions des sciences humaines, Quignard et Bimbenet élaborent des perceptions divergentes sur le postulat de l’animalité humaine. Celles-ci s’appuient sur des conceptions du temps différentes : temps orienté du passé animal de l’homme chez Bimbenet; temps in-orienté de l’actualité du Jadis animal de l’homme chez Quignard. La divergence découle aussi des différents points de focalisation choisis : la production de l’humain se déroulant intégralement dans le cadre de la physis animale chez Quignard ; la forme de vie spécifiquement humaine comme produit de l’anthropogenèse chez Bimbenet. Bien que les deux auteurs convergent sur l’idée que l’homme est un vivant exceptionnel et que l’exceptionnalité se manifeste notamment dans l’ultrasocialité, ils divergent sur la valeur politique et morale de celle-ci.

L’empire des nerfs: l’échec de la civilisation et la violence postmoderne dans l’œuvre de Yasmina Reza
Luis Villamia

Dans toute ĺœuvre de Yasmina Reza, aussi bien théâtrale que romanesque, on constate certaines pulsions qui apparaissent de façon récurrente. Mais, s’il y a un trait caractéristique dans tous ses textes, c’est la violence. Ses personnages, tel des volcans apparemment éteints qui entrent soudain s en éruption, révélant très souvent une identité sauvage. Cette violence se manifeste surtout dans les espaces les plus intimes de la vie quotidienne et est très représentative de l’ère postmoderne, dans la mesure où elle résulte d’une nouvelle forme de construction de l’identité.

Ces personnages colériques ne sont pas seulement les protagonistes d’un monde où la violence est omniprésente, mais vont également venir remettre en question certaines valeurs défendues dans le discours postmoderne, telles que le "vivre ensemble" ou la notion de tolérance, qu’ils considèrent vides de sens, et appellent donc à s’en méfier. Dans les fictions de Reza, ce sont les groupes sociaux ayant apparemment reçu la meilleure éducation et appartenant certainement à l’élite de la civilisation occidentale qui vont présenter de façon plus accentuée cette espèce d’indifférence morale, typique de notre époque, ce que Zygmunt Bauman qualifia d’ “adiaphorisation”. Malgré leur comportement agressif, excessif et coléreux, les personnages habituels de Reza présentent une grande vulnérabilité, les exposant à la solitude et l’amertume.

 

BOOK REVIEWS


France in Flux: Space, Territory, and Contemporary Culture by Ari J. Blatt and Edward Welch (review)
Anne Cirella-Urrutia


Poetry, Politics & the Body in Rimbaud: Lyrical Material by Robert St. Clair, and: Arthur Rimbaud by Seth Whidden (review)
Thomas C. Connolly


Middlebrow Matters: Women’s Reading and the Literary Canon in France since the Belle Époque by Diana Holmes (review)
Anne O’Neil-Henry